Le secteur de la propreté en France en 2026 : tous les chiffres que les donneurs d'ordre doivent connaître
Le nettoyage professionnel est souvent qualifié de "géant invisible" de l'économie française. C'est un secteur qui pèse plus de 22 milliards d'euros de chiffre d'affaires, emploie plus de 600 000 personnes et intervient chaque jour dans l'ensemble des bâtiments du pays, des bureaux du quartier central des affaires aux halls de copropriétés, des restaurants aux hôpitaux.
Cet article compile les données les plus récentes du secteur (sources : FEP, INSEE, Monde de la Propreté, Xerfi, CCN IDCC 3043) pour donner aux décideurs, aux responsables des services généraux, aux syndics et aux office managers une vision claire du marché dans lequel ils achètent. Que vous cherchiez un prestataire pour vos bureaux à Paris, pour une copropriété ou pour un restaurant, ces chiffres vous aideront à comprendre la structure du secteur, à évaluer un devis et à poser les bonnes questions.
Le poids économique du secteur de la propreté en France
Le secteur de la propreté et de l'hygiène rassemble près de 16 000 entreprises employant au moins un salarié en France, selon les données de la FEP (Fédération des Entreprises de Propreté, d'Hygiène et Services Associés) croisées avec les statistiques INSEE. Le chiffre d'affaires global du secteur est estimé entre 21 et 22 milliards d'euros en 2024-2025 (source : Monde de la Propreté, Xerfi), en progression régulière depuis dix ans grâce à l'externalisation croissante des prestations de nettoyage par les entreprises et les collectivités.
Pour donner un ordre de grandeur, la propreté représente à elle seule plus d'un emploi sur 35 du secteur marchand en France (source : INSEE Première n°1690). C'est un poids comparable à celui de l'hôtellerie-restauration en termes d'effectifs salariés, avec une particularité : la quasi-totalité de l'activité se déroule à l'intérieur des bâtiments d'autres entreprises, ce qui rend le secteur structurellement invisible pour le grand public.
La croissance de l'activité s'est légèrement tassée en 2023 (+2,5 % contre +5,5 % en 2022, selon les Chiffres clés de la FEP), mais la tendance longue reste orientée à la hausse, portée par trois moteurs : l'externalisation continue des fonctions support par les entreprises, le renforcement des exigences sanitaires post-Covid, et l'augmentation du parc immobilier tertiaire, notamment en Île-de-France.
La structure du marché : un tissu de TPE dominé par quelques grands groupes
Le secteur de la propreté est caractérisé par une structure bipolaire. D'un côté, une très grande majorité de TPE et de petites entreprises. De l'autre, quelques groupes de facility management qui concentrent une part considérable du chiffre d'affaires.
Selon les données FEP/INSEE, les 50 premières entreprises du secteur représentent environ 45 % du chiffre d'affaires total et emploient près de 60 % des salariés. Les grands groupes français du secteur (Samsic, Onet, Atalian, Elior Services, GSF) proposent des offres globales de services aux entreprises, incluant le nettoyage mais aussi l'accueil, la sécurité ou la maintenance.
À l'autre extrémité du spectre, les PME et TPE de nettoyage (dont fait partie Superplus Nettoyage, fondée en 1993 à Paris) interviennent principalement sur deux segments : l'entretien des parties communes d'immeubles et le nettoyage de bureaux dans le tertiaire (source : BPI France). C'est sur ces segments que la proximité, la réactivité et la relation directe avec le donneur d'ordre font la différence par rapport aux grands groupes, dont l'organisation nationale est parfois synonyme de rotation élevée des agents et de suivi qualité moins personnalisé.
Les segments de marché : le tertiaire en tête
Le secteur de la propreté ne se résume pas aux bureaux. Il intervient dans l'ensemble de l'économie, mais avec des poids très différents selon les segments.
Le segment bureaux et tertiaire représente entre 38 % et 40 % du chiffre d'affaires total du secteur (sources : FEP, Companeo, Taff.work). C'est le premier marché de la propreté en France, et de loin. Il comprend les plateaux de bureaux, les tours, les sièges sociaux, les espaces de coworking et les locaux de professions libérales. L'Île-de-France concentre à elle seule 32 % de l'activité du secteur (source : FEP), ce qui s'explique par la densité du parc tertiaire en région parisienne, notamment à Paris intra-muros, à La Défense, à Boulogne-Billancourt, à Levallois-Perret et dans les Hauts-de-Seine.
Le segment résidentiel (copropriétés, immeubles d'habitation) représente environ 19 % du chiffre d'affaires selon les éditions précédentes des Chiffres clés FEP. Il s'agit principalement de l'entretien des parties communes : halls, escaliers, paliers, ascenseurs, locaux poubelles, parkings.
La santé (hôpitaux, cliniques, cabinets médicaux) pèse environ 7 % du secteur. Le commerce, la restauration, l'hôtellerie et l'industrie se partagent le reste.
Pour un donneur d'ordre parisien, cela signifie concrètement que le segment tertiaire est le cœur de métier de la majorité des prestataires de propreté en Île-de-France. Un prestataire qui présente des références solides sur des contrats de nettoyage de bureaux à Paris est par définition positionné sur le segment le plus concurrentiel et le plus exigeant du marché.
L'emploi dans la propreté : 600 000 salariés, un profil atypique
Le secteur de la propreté emploie plus de 600 000 personnes en France (source : FEP), ce qui en fait l'un des premiers employeurs du secteur des services aux entreprises. Plus de 95 000 postes ont été créés au cours des dix dernières années (source : FEP, données régionales), et le secteur continue de recruter malgré des tensions sur l'attractivité des métiers.
Le profil de l'emploi dans la propreté présente plusieurs caractéristiques atypiques par rapport à l'ensemble de l'économie.
La prédominance féminine : 64 % des salariés du secteur sont des femmes (source : FEP). C'est une proportion nettement supérieure à la moyenne de l'économie française.
Le temps partiel majoritaire : environ trois salariés sur quatre dans la branche propreté travaillent à temps partiel (source : CCN IDCC 3043, Monde de la Propreté). Ce chiffre s'explique par la nature même de l'activité : le nettoyage des bureaux s'effectue le plus souvent avant ou après les heures d'ouverture, ce qui génère des plages d'intervention courtes (1h30 à 3h par site) incompatibles avec un temps plein sur un seul site. L'INSEE relevait déjà un taux de temps partiel de 44 % dans le nettoyage en 2015 (INSEE Première n°1690) ; ce taux a encore progressé avec l'augmentation du nombre de sites traités par agent.
La multi-activité : 37 % des salariés ayant au moins un emploi dans une entreprise de propreté ont plusieurs employeurs (source : Monde de la Propreté, étude travail en journée 2019). En moyenne, les multi-employeurs de la propreté cumulent 2,8 emplois. Plus de la moitié des salariés du secteur ont en réalité un temps de travail hebdomadaire total (tous emplois confondus) de 35 heures ou plus.
L'Île-de-France, premier bassin d'emploi : 31,2 % des salariés de la propreté travaillent en Île-de-France (source : FEP). Cette concentration reflète directement celle du parc tertiaire et du parc immobilier résidentiel géré par des syndics professionnels.
Pour un donneur d'ordre, ces données ont une implication directe : le prestataire que vous choisissez gère des agents qui travaillent souvent sur plusieurs sites, parfois pour plusieurs employeurs. La qualité de l'encadrement (chef d'équipe, responsable de secteur, contrôles qualité) est le facteur déterminant pour garantir la régularité de la prestation sur votre site.
Les salaires dans la propreté en 2026 : grille conventionnelle et SMIC
Les salaires dans le secteur de la propreté sont encadrés par la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés (CCN IDCC 3043), qui couvre environ 570 000 salariés.
Depuis le 1er avril 2026, la grille de salaires de la filière exploitation fixe les minimums horaires suivants (source : avenant n°27 du 5 mars 2025, étendu) :
Agent de service professionnel (ASP, ex-AS1) : 12,52 € brut/heure en colonne A. Agent de service confirmé (ASC, ex-AS2, passage automatique après 1 an d'ancienneté dans la branche) : 12,57 € brut/heure. Agent de service confirmé spécialisé (ASCS, ex-AS3) : 12,64 € brut/heure. Agent qualifié de service (AQS1) : 12,72 € brut/heure. Chef d'équipe (CE1) : 13,85 € brut/heure.
Pour référence, le SMIC horaire brut a été revalorisé à 12,31 € au 1er juin 2026 (source : arrêté du 22 mai 2026), soit 1 867,02 € brut mensuel pour un temps plein de 35 heures. Les minimums conventionnels de la branche propreté restent supérieurs au SMIC, ce qui signifie que c'est la grille conventionnelle, et non le SMIC, qui s'applique comme plancher de rémunération.
La colonne B de la grille (taux majoré, applicable quand l'agent exerce à la fois des activités de propreté et des prestations associées depuis au moins trois mois en continu) prévoit un différentiel d'environ 0,14 € à 0,22 € de l'heure selon le niveau. C'est un détail technique, mais un mauvais classement entre colonne A et colonne B est l'une des erreurs de paie les plus fréquentes dans le secteur.
Ces données salariales sont importantes pour les donneurs d'ordre, car elles permettent de comprendre ce que représente réellement la masse salariale dans le prix d'une prestation de nettoyage. La main-d'œuvre pèse entre 75 % et 85 % du coût total d'une prestation de propreté. Un devis anormalement bas ne peut donc s'expliquer que par l'une de ces trois raisons : des agents payés en dessous du minimum conventionnel (ce qui est illégal), un temps d'intervention insuffisant pour le périmètre (ce qui se traduit par une qualité médiocre), ou l'absence d'encadrement et de contrôle (ce qui se traduit par une dégradation progressive). Les tarifs de nettoyage professionnel à Paris doivent être lus à la lumière de cette réalité.
L'annexe 7 de la CCN Propreté : le transfert automatique des salariés
L'une des spécificités les plus importantes de la convention collective de la propreté pour les donneurs d'ordre est l'annexe 7, qui organise le transfert automatique des salariés entre prestataires en cas de changement de marché.
Concrètement, quand un donneur d'ordre (entreprise, syndic, gestionnaire d'immeuble) change de prestataire de nettoyage, les agents affectés au site ne perdent pas leur emploi. Le nouveau prestataire est tenu de reprendre les salariés du prestataire sortant, avec maintien de leur ancienneté et de leur rémunération, à condition que ces salariés remplissent les critères définis par l'annexe (ancienneté minimale sur le site, pourcentage du temps de travail affecté au marché).
Cette disposition est une protection sociale majeure dans un secteur où les marchés changent régulièrement de main. Elle signifie aussi, pour le donneur d'ordre, que changer de prestataire ne provoque pas de rupture dans l'équipe qui intervient sur son site. Les agents qui connaissent les locaux, les habitudes et les accès restent en place. Seul l'encadrement change.
Les tendances du secteur en 2026
Plusieurs évolutions structurelles transforment le marché de la propreté et impactent directement la relation entre donneurs d'ordre et prestataires.
Le travail en journée progresse. Historiquement, le nettoyage des bureaux s'effectue tôt le matin ou tard le soir, en dehors de la présence des occupants. Mais la FEP pousse depuis plusieurs années le "travail en continu" ou "en journée", c'est-à-dire la réalisation des prestations de nettoyage pendant les heures d'occupation des locaux. Une étude du Monde de la Propreté (2019) montrait que 26 % des occupants de bureaux estimaient que l'intervention en journée représenterait une difficulté, mais que 84 % des occupants interrogés après la mise en place effective du nettoyage en journée ont jugé que cela améliorait leur environnement professionnel, et 71 % ont affirmé que le nettoyage en journée avait un impact positif sur leur bien-être. Cette tendance s'accélère en 2026, portée par le développement du flex office et des espaces partagés, où le nettoyage en temps réel (entre deux utilisateurs) devient une nécessité opérationnelle.
L'externalisation continue de gagner du terrain. BPI France qualifie le secteur de la propreté de "en croissance constante depuis dix ans, en raison notamment d'une externalisation continue des prestations de nettoyage". Les entreprises qui géraient encore leur nettoyage en interne franchissent progressivement le pas, attirées par la prévisibilité budgétaire, la continuité de service et la suppression de la charge RH. Nous avons détaillé ce calcul dans notre article Externaliser le nettoyage ou embaucher un agent en interne.
Le nettoyage écologique devient un critère de marché. Les donneurs d'ordre publics (collectivités, bailleurs sociaux) intègrent de plus en plus de critères RSE et environnementaux dans leurs appels d'offres. Les entreprises privées suivent, sous l'impulsion de leurs propres politiques ESG. L'utilisation de produits écolabellisés, la réduction de la consommation d'eau, le dosage automatisé des produits et la formation des agents aux gestes éco-responsables sont des sujets qui pèsent dans la décision d'attribution des marchés.
Les marges se resserrent. Le rapport Xerfi 2024 sur le marché des services de nettoyage note une "rentabilité dégradée pour les entreprises" liée à la combinaison de la pression tarifaire des donneurs d'ordre, des revalorisations salariales successives (quatre revalorisations du SMIC entre 2022 et 2026) et de l'augmentation du coût des produits et du matériel. Pour le donneur d'ordre, cela signifie qu'un prestataire qui affiche des prix significativement inférieurs au marché prend nécessairement des raccourcis quelque part, car les marges ne permettent plus d'absorber des écarts importants.
Ce que ces chiffres signifient pour un donneur d'ordre parisien
Si vous êtes responsable des services généraux, office manager, directeur administratif ou syndic en Île-de-France, voici ce que ces données impliquent concrètement pour votre choix de prestataire.
La main-d'œuvre représente 75 % à 85 % du coût d'une prestation de nettoyage. Le minimum salarial conventionnel est de 12,52 € brut/heure. Ajoutez les charges patronales (42 à 45 %), l'encadrement, le matériel, les produits, les remplacements, la marge du prestataire, et vous obtenez un tarif horaire de facturation qui ne peut pas descendre en dessous de 25 € à 28 € HT sans compromettre la qualité ou la légalité de la prestation. En Île-de-France, les tarifs courants se situent entre 28 € et 38 € HT de l'heure selon la technicité et les horaires.
L'Île-de-France concentre 32 % de l'activité du secteur et 31 % des salariés. La concurrence entre prestataires est intense, ce qui est un avantage pour le donneur d'ordre en termes de choix, mais aussi un risque si le critère de sélection est uniquement le prix : les prestataires les moins chers sont aussi ceux qui subissent le plus la pression sur les marges et qui peinent à fidéliser leurs agents.
L'annexe 7 de la CCN Propreté protège les agents en cas de changement de prestataire. Cela signifie que vous pouvez changer de prestataire sans perdre les agents qui connaissent votre site. C'est un filet de sécurité qui doit lever la crainte principale des donneurs d'ordre hésitant à remettre en concurrence leur contrat actuel.
FAQ
Combien d'entreprises de nettoyage existent en France ?
La France compte environ 16 000 entreprises de propreté employant au moins un salarié (source : FEP/INSEE). Si l'on inclut les micro-entrepreneurs et les auto-entrepreneurs, le nombre total de structures enregistrées dépasse les 30 000 (source : INSEE, données création d'entreprises).
Quel est le chiffre d'affaires du secteur de la propreté en France ?
Le secteur de la propreté et de l'hygiène génère entre 21 et 22 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel (sources : Monde de la Propreté, Xerfi, FEP régionales). Le segment bureaux et tertiaire représente 38 % à 40 % de ce total, soit environ 8 milliards d'euros.
Quel est le salaire minimum d'un agent de nettoyage en 2026 ?
Sous la convention collective de la propreté (IDCC 3043), le taux horaire brut minimum est de 12,52 € pour un agent ASP (niveau d'entrée) depuis le 1er avril 2026. Ce montant est supérieur au SMIC (12,31 € brut/heure depuis le 1er juin 2026). Le passage au niveau ASC est automatique après un an d'expérience dans la branche.
Pourquoi les prix de nettoyage varient-ils autant entre les devis ?
Parce que la main-d'œuvre représente 75 % à 85 % du prix. Les écarts entre devis s'expliquent principalement par trois facteurs : le temps d'intervention réellement prévu (un devis à prix bas sous-dimensionne souvent les heures), le niveau de qualification et d'encadrement des agents, et l'inclusion ou non des prestations annexes (produits, consommables, matériel, remplacements). Nous détaillons ces critères dans notre article Décrypter un devis de nettoyage de bureaux.
Que garantit l'annexe 7 de la CCN Propreté ?
L'annexe 7 organise le transfert automatique des salariés affectés à un marché de nettoyage quand le donneur d'ordre change de prestataire. Les agents qui remplissent les conditions (ancienneté sur le site, pourcentage de temps de travail) sont repris par le nouveau prestataire avec maintien de leur ancienneté et de leur rémunération. Cette disposition évite les ruptures de service et protège les emplois.
L'Île-de-France est-elle plus chère que la province pour le nettoyage ?
Oui. Les tarifs en Île-de-France sont en moyenne 15 % à 25 % supérieurs à ceux pratiqués en province (source : estimations marché, Companeo 2026). Cet écart s'explique par le coût de la vie plus élevé pour les agents (donc des salaires effectifs souvent au-dessus du minimum conventionnel), les frais de transport (pass Navigo, temps de trajet entre sites), et le coût des locaux de stockage du matériel.